Réponses
Aux nombreux lecteurs qui, en ce moment, disent qu’ils ne comprennent pas la situation, Laurent Gerra, l’imitateur bien connu, répondrait : “Vous voulez le savoir ? Je vais vous le dire.”
C’est que, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les diverses autorités politiques sont, en réalité, paniquées par l’explosion démographique, mais ne veulent jamais le dire.
De Gaulle disait déjà - à un autre propos - que l’homme politique est “un homme d’élite, fier et sûr de soi”. Ce n’est pas faux, mais cela n’empêche que, dans tous les pays du monde, les équilibres politiques deviennent plus que jamais problématiques, voire précaires, qu’ils s’établissent et s’entretiennent toujours sur le sacrifice plus ou moins négligé ou occulté d’un secteur donné de la population.
Démocratie “représentative” oblige. Quand le secteur sacrifié est bien “représenté”, on l’entend aussitôt crier. Quand il est moins bien “représenté”, il subit et supporte en silence, au moins pendant un certain temps. “On ne peut contenter tout le monde et son père”, la sagesse populaire le dit depuis longtemps dans le vieux proverbe français.
La vérité est que la transition nécessaire entre l’antique dictature et la moderne démocratie partout souhaitée est infiniment longue à s’accomplir parce qu’elle est plus difficile et compliquée que ne le savent les autorités elles-mêmes.
Les mots sont faciles à changer, les choses résistent et les écoles de formation politique ou administrative sont encore loin d’être au point. Les résultats des concours ne remplacent pas le savoir effectif.
A la sortie de la guerre, les patrons politiques du moment, tellement paniqués par le scandale d’où l’on venait d’émerger, ont maladroitement remplacé l’instruction publique par l’éducation nationale. La folie proprement dite de ce dernier concept leur avait totalement échappé, précisément - et c’est le comble du paradoxe - par manque d’instruction. Dans tous les milieux, la guerre avait perturbé la scolarisation d’un peu tout le monde et les traces en demeurent évidentes et actives encore aujourd’hui.
Freud avait pourtant averti que trois choses sont impossibles : éduquer, gouverner, psychanalyser. L’école ne peut faire ce qui incombe aux familles et l’instruction ne porte ses fruits que sur le terrain d’une éducation. Faute de quoi, suivant la belle expression de Lacan, “la linguisterie” tourne toute seule en elle-même et en l’air, sans implantation dans la réalité. Et la culture vient à se trouver mortellement polluée par “l’ignorance diplômée”.
Mais en même temps, plus la population mondiale augmente, plus l’instruction est nécessaire et son urgence insiste, d’autant “qu’elle ne mange pas de pain”, comme on dit. L’instruction coûte infiniment moins cher - et elle est infiniment plus facile - que tous les frais, les subterfuges, les réparations, les contentions que nous coûte l’ignorance.
Alors quel est le problème ? C’est là que le bât blesse et que l’obstacle accroche.
C’est qu’élever le niveau d’instruction des populations implique et demande qu’on élève au préalable le niveau d’instruction des responsables. Et, là, ils n’ont pas le temps. Primauté de l’action. Cet axiome prime, véritable alibi de la paresse des rois paresseux. Quel dévouement, quels efforts incroyables sont à supposer pour des rois qui ne se veulent pas paresseux.
“Si on devenait une nation de lecteurs, tout pourrait prendre un tour positif”, disait récemment à la télévision, le 9 mai 2010, sur France 2, quelqu’un qui s’appelle par exemple Alexandre Jardin. Il n’est réellement pas le seul à s’en rendre compte. Alors on jette la pierre aux professeurs, mais on oublie que de nos jours ce sont aussi bien les journalistes qui contribuent - ou non - à l’instruction publique, et leur responsabilité n’est pas moindre. Comme on peut - hélas - le vérifier tous les jours à la télévision autant que dans la presse écrite.
Beuve-Méry et Georges Hourdin en auront fait autant que de Gaulle et Mitterrand pour faire la France actuelle.
Stéphane DI VITTORIO
Vous pouvez vous procurer le n° 130 d'août 2010 chez les marchands de journaux ou en envoyant un chèque de
4,90 euros (précisez au dos du chèque n° 130) au journal
"Votre santé", 44, bd de Magenta, 75010 Paris. Si vous ne trouvez pas ce numéro, le meilleur service que vous pouvez nous rendre est d'insister auprès de votre marchand de journaux pour qu'il le commande. Donnez-lui la référence M06208 - 130 indiquée au-dessus du code barre.